Mon accouchement : comme un bon gâteau qui a foiré à la cuisson : Ep final.

Je suis donc sur la table, plus ou moins en position gyneco.

Le problème, c’est que la SF est prise de court, étant à 7 cinq minutes avant, elle-même ne devait pas s’attendre à une naissance si imminente. Rien n’est prêt, elle demande à l’auxi mimi de l’aider et de lui préparer le matos. Diego m’a dit par la suite que l’auxi avait l’air en panique.

Cet interlude est très rapide mais mine de rien moi je suis mon corps, et mon corps pousse tout seul. Et là, Lise a fait LE truc qui me donne aujourd’hui envie de la mordre. Elle met sa main sur la tête de ma fille pour la retenir et me demande d’arrêter de pousser. Je lui crie que je ne peux pas (mais BORDEL on PEUT PAS !), elle me regarde droit dans les yeux genre connecte toi avec moi et me dit « il le faut je ne suis pas prête ».

Ah bah pour stopper les choses ça a stoppé les choses hein. Ça a tout bloqué. Je n’ai plus envie de pousser, rien ne revient. Petite Soeur n’avance plus.

 Pendant ce temps, dans mon vagin.trex

Sauf que la tête est en partie sortie. Du coup, j’ai la fameuse sensation du « cercle de feu » en non stop. Ça me brûle horriblement, j’ai l’impression de me déchirer fibre par fibre. Intérieurement je suis en colère, car quelques instants avant on aurait juste laissé les événements se poursuivre, elle serait déjà dehors j’en suis sûre. Plus rien ne se passe, j’ai les yeux fermés, je crie non stop que ça brûle.

Diego suggère qu’on me mette dans une autre position. Lise est d’accord sur le principe. Elle s’adresse donc à moi « Madame vous voulez vous mettre comment ? »

Huhuhu. Elle est mignonne. Je suis en train d’exploser, j’ai quelque chose d’à moitié sorti, je dérouille à mort, bref je suis clouée sur place, faudra juste qu’elle m’explique comment elle peut croire que je suis en capacité d’une de me mouvoir, de deux d’imaginer une autre position ! Donc forcément, je réponds juste, dans un souffle « j’en sais rien j’ai trop mal »

Lise se tourne s’adresse à Diego : « Vous voyez, elle n’en sait rien. Mais de toutes façons c’est la toute fin là, y’a plus qu’à pousser et elle est là, c’est l’affaire de deux minutes. Allez Madame, votre fille est juste là, poussez, sortez la »

Mais moi je peux pas. Déjà j’ai plus de contraction, ensuite je te dis j’ai déjà l’impression d’être au max, autrement dit ça passe pas, et si je pousse ça va être encore pire je vais m’over déchirer.

Pendant ce temps, toujours dans mon vagin.

uterus

Elle me propose de toucher la tête, ou de me donner un miroir pour que je la vois. Je refuse, c’est un truc qui ne m’a jamais dit. Et puis MERDE, pourquoi elle a retenu la sortie quelques instants avant si c’est pour me faire chier maintenant ?

Toutefois au bout d’un moment, je pousse. Je ne sais pas te dire si c’est sur une contraction, ou si j’ai poussé à froid, je ne m’en souviens pas. Juste j’ai poussé. Et ouais, ça a empiré le cercle de feu. Mais elle sortait. Quand je pense que pour la Ventouse une fois la tête passée zou elle a glissé dehors, là j’ai senti la SF tirer à moitié dessus. J’ai hurlé tout du long. Le super accueil quoi.

MAIS, moment d’intense fierté…quand je pousse, je pousse moi. Elle voulait que ça sorte, c’est sorti (oui, je te parle caca). J’en suis encore toute émue.

Et puis enfin elle est là ma merveille tant attendue, à 4h22. On me l’a posée sur moi. J’arrêtais pas de dire merci, mais je sais pas bien à qui, à l’Univers sûrement. Fucking expulsion.

Nan mais en vrai, il a dû se passer ça.

expulsion2

 

La SF me félicite, j’ai bien assuré, je suis courageuse, toussa toussa.

Je trouve mon bébé tout petit, je dis à Diego qu’elle doit pas être bien plus grosse que la Ventouse à la naissance. Enfin tout est terminé, moi je ne pense qu’à une chose : la tétée d’accueil, que j’avais foirée avec sa grande soeur. J’ai confiance, je gère la fougère niveau nichonnade maintenant. Pour moi là dans ma tête c’est fini. Je suis niaise.

Pendant que je redescends sur Terre, je vois Lise qui s’affaire sur mon ventre, qui le palpe etc. Vient le moment de la délivrance. Elle me demande de pousser…rien ne se passe. Je n’ai pas de contraction.

Elle me dit OK on attend. Elle va faire je ne sais quoi, pendant ce temps je mets la Petite Soeur au sein, enfin j’essaie, elle ne semble pas intéressée pour le moment.

Très régulièrement Lise revient. Le placenta ne vient toujours pas. Elle appuie sur mon ventre, me demande de pousser…il ne se passe rien. « Mais ça va, vous ne saignez pas, on se laisse encore du temps, on a une demi heure. »

La première tétée prend donc une toute autre importance, je sais que ça peut aider. Je « demande » donc à ma poulette de bien vouloir se brancher pour me filer un coup de pouce. Mais non, elle n’ouvre pas la bouche.

Lise devient de plus en plus pressante. « S’il ne vient pas, il va falloir aller le chercher. Mais là c’est bon pas d’urgence vous ne saignez pas. »

Je continue donc de garder confiance (faut que j’arrête avec la confiance, vraiment).

Au bout d’une demi heure, toujours rien. « Je suis désolée mais je vais devoir y aller à la main. » Je demande un délai supplémentaire, il me sera refusé. Les trente minutes sont atteintes, après c’est bien trop dangereux ma petite dame.

Je repense donc à mon entretien avec sa collègue, et je demande à être anesthésiée. Lise me répond que bien évidemment je vais être anesthésiée. Par contre ça ne sera pas une anesthésie générale, depuis quelques semaines, ils utilisent un gaz, le Meopa. Même que je ne vais rien sentir.

Moi c’est très curieux, je suis totalement attentiste face à tout ça. C’est comme si je savais ce qui allait arriver, mais j’ai baissé les bras. Je demande si ça marche bien, leur gaz. Comme si elle allait me répondre que c’est de la daube hein. Ben non, elle me certifie que ça sera cui cui les petits oiseaux.

Pendant ce temps, Diego est emmené avec la puce pour les soins, qui se font dans une autre pièce.

Lise me donne le masque à gaz. Elle m’explique qu’elle va attendre trois minutes. Moi je vais rester consciente mais ça va me faire planer. Je mets le masque comme si j’allais à l’échafaud, j’inspire aussi fort que je peux. En effet, au bout d’un moment je sens mes sens se troubler. C’est un peu comme quand t’as forcé sur le rosé et que t’es affalée sur le canapé à minuit quinze.

Et puis…elle y va. Et là..je sens tout. Je me mets à hurler, je lui fais plein de signes avec mes mains, je lui dis stop, je lui hurle que je sens tout, et que j’ai mal. Mais ça continue. Je sens que je perds les pédales, je deviens à moitié hystérique. Mes yeux sont fermés. Je ne peux pas te décrire ce qu’on ressent. C’est juste pas normal d’avoir une main en entier qui rentre là. Alors qu’il y a juste un 33 tonnes qui vient de passer dans l’autre sens, que tu es hypersensible de la zone.  Je ne peux pas expliquer la souffrance que c’est, j’ai eu l’impression d’être vidée comme une truite. Pour moi, c’est une torture, la plus grande souffrance de toute ma vie. C’est au delà du physique, c’est même symbolique, je trouve ça dégueu, je ne supporte pas.

Tout à coup je me sens « revenir ». Je sens une main sur mon épaule, j’entends qu’on m’appelle. La tête de Lise est au dessus de la mienne. « Hé, Hé, HE ! Mais qu’est ce qui se passe ? Vous me faites peur ! J’étais en train de me dire mais qu’est-ce que je lui fais subir ! Ça a duré deux minutes à peine et j’ai fini, je n’ai plus qu’à sortir. »

« Ça ne marche pas votre gaz, on sent tout !!! »

« Ah oui ? Oh bah c’est curieux, les autres dames ne disaient pas comme vous…. »

Elle sort sa main avec le placenta, c’est génial j’ai l’impression d’accoucher une deuxième fois. Je pousse encore un cri.

Je me mets à pleurer sans larme. Des sanglots tout secs. Je lui avoue que ce qui vient de se passer, c’était ma hantise absolue.

« Aaaaah, bah voilà ! C’est la peur qui vous a fait réagir comme ça, pas la douleur. Ah ouf vous me rassurez ! »

Je n’ai rien su répondre. Je vois bien qu’elle ne peut pas entendre ce que je dis, ça la remettrait trop en cause.

Elle me dit qu’elle doit y retourner. « Oh non » dis-je dans un semi sanglot. Et bien si. Ça, c’était la délivrance artificielle, maintenant faut passer à la révision utérine.

Je remets mon masque. Elle y retourne. Je gère un peu mieux car je sais. Je me force à garder les yeux ouverts et à fixer un point sur une étagère pour rester « là ». Et je chante en criant. C’est débile mais c’est comme ça que mon corps a réagi.

J’ai eu l’impression que ça a été plus rapide. La SF me félicite de mon courage. Et moi, buse absolue, je trouve rien de mieux que de m’excuser d’avoir fait une sorte de crise de panique.

Diego revient. Il ne sait pas ce qu’il s’est passé. Ils ont pris soin de l’emmener loiiiiin. Il a entendu crier mais n’a pas reconnu ma voix (c’est dire si mon cri devait venir du fond de mon être).

Moi là, je récupère mon bébé. Et elle tète. Joie absolue qui m’apaise.

Mais c’est pas fini ! J’ai une petite déchirure, il faut des points. Je demande (encore) à être anesthésiée. Lise me dit que c’est « juste » trois petits points, et que la piqûre me fera mal. M’en fous, je veux une piquouse. En effet, ça fait mal mais si tu veux c’est relativement peanuts par rapport à la séance chez le boucher, et après je n’ai rien senti pendant son travail de couture, j’avais ma fille au sein pour une tétée réussie, donc ça m’allait.

Elle ressemble beaucoup à sa soeur, avec 700 grammes de plus, et elle est toute blonde. ET ELLE TETE MESSIEURS DAMES.

On échange quelques banalités avec Lise, et puis elle quitte la pièce. Dans le couloir, je l’entends discuter. Elle vient de finir sa garde, elle finit la paperasse et rentre chez elle.

C’est une autre SF qui viendra me faire ma toilette intime. Une SF que j’avais eu une fois en rendez-vous, et que j’avais adoré. D’ailleurs en vingt minutes je me suis sentie plus à l’aise avec elle qu’en sept heures avec Lise.

Pas de bol, mauvais timing.

(Je te livre ce dernier billet un peu brut, mais dans un prochain je reviendrai dessus pour « anayse », avec mon ressenti maintenant que j’ai un peu de recul)

Je suis Ken le Placenta, et je vais te buter la gueule.

naissance

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13 commentaires pour Mon accouchement : comme un bon gâteau qui a foiré à la cuisson : Ep final.

  1. Normale Woman dit :

    Mouarf Ken le Placenta m’a tuée!
    J’ai retenu ma respiration tout le long. Bravo pour cet accouchement de haute voltige, comme dirait Aretha Franklin, « R-E-S-P-E-C-T »!

  2. Pardon pour toutes les sf formidables mais la Lise j’ai légèrement l’impression que c’était une connasse !!!

  3. V dit :

    Ben, dis donc…
    Ma grand-mère disait: accoucher, c’est le mal joli, sitôt passé on l’oublie…
    J’espère que c’est pareil pour toi !
    Bises à vous 4.
    V

  4. mamalocablog dit :

    Je voudrais te serrer dans mes bras et te bisouter…
    L’accouchement qui part en sucette et la révision utérine de bourrin parce que la SF est pressée de finir sa journée putain de bordel à queue de pute borgne putride quoi!!!!!!!

  5. Mere Blabla dit :

    Ca craint cette révision utérine… Au moins dans mon accouchement pourrave, il n’y a pas eu ça du coup! (Je te fais un mail pour t’expliquer).

  6. Nathalie dit :

    Je suis donc bien contente d’avoir eu une anesthésie générale pour le « placenta-qui-veut-pas sortir » même si sur le coup, l’anesthésiste m’avait paru chelou (je n’ai pas eu de préidurale non plus) …

  7. Steph dit :

    Nan mais putain quoi !
    Désolée du laid mot mais je suis dégoutée pour vous !
    Si t’étais pas tombée sur cette SF tout aurait été différent.
    Après un accouchement de rêve pour la Ventouse, courage pour digérer tout ça 😦
    Bon note à moi-même : ne plus lire ce genre de récits 10 jours avant ma DPA.

  8. Melissa dit :

    Oh putaing mais l’accouchement qui part en sucette…. T’as eu la totale on dirait! Ah non. Il manque peut-être l’épisio jusqu’à l’anus.
    Bon maintenant j’ai 5 mois pour me préparer psychologiquement au D Day.

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